J’ai 68 ans. Comme beaucoup, j’ai traversé une mauvaise période de ma vie à un moment donné. L’alcool a été un soutien pour moi pendant ces mois-là. Je me suis débrouillé, j’ai retrouvé mes repères, et c’est de l’histoire ancienne, sauf pour certaines personnes.
Parmi les gens qu’on croise à ces moments-là, il y a un type d’individu que tout le monde a un jour rencontré : celui qui te tend la main d’un côté, et qui te tend le verre de l’autre. Celui qui te convie à boire un verre, puis un autre, et qui, le jour où tu as repris ta vie en main, prétend être ton sauveur à ton entourage.
Il va partager avec la jeune femme que ton fils vient de rencontrer, lors d’une manifestation, que tu as abusé de l’alcool. Comme ça, sans contexte, sans nuance. Pour faire la conversation. Pour exister dans le récit. Pour briller un instant en se mettant en position de bienfaiteur dans une histoire qui n’est pas la sienne.
Ce comportement, c’est l’archétype d’un certain type de personne — j’en parle au masculin parce que c’est un homme cette fois, mais on le trouve partout, dans toutes les régions, dans tous les milieux. Quelqu’un qui n’a rien bâti de solide dans sa propre vie, et qui compense en se servant des fragilités des autres comme monnaie sociale. Quelqu’un qui confond la générosité avec le pouvoir qu’il croit avoir sur toi.
Ce que je veux dire à ce genre de personnes — il y en a plus qu’on ne croit — c’est ceci :
Mon passé n’est pas votre carte de visite.
Ma faiblesse d’autrefois ne fait pas votre force d’aujourd’hui.
Et la jeunesse de ceux que j’aime n’a pas à être abreuvée de vos confidences déplacées pour que vous existiez l’espace d’une soirée.
Je n’ai pas besoin de vous nommer. Vous savez qui vous êtes. Et si vous lisez ces lignes en vous reconnaissant, c’est déjà trop tard pour vous : aucune personne digne ne se reconnaîtrait dans ce portrait.
Quant à mon fils et à celle qui partage sa vie : je leur fais entièrement confiance pour me juger sur qui je suis aujourd’hui, et non sur qui j’ai été à un moment difficile. C’est cela, la dignité. C’est précisément ce que vous n’avez jamais compris.
